Du monde intérieur, que le geste de l'artiste dépose par caresses successives, comme le ressac des vagues qui utilisent et étire la matière du monde, Lou Le Cabellec déploie ses chimères.
Réouvertes par les brumes des rêves. Leur désir est comme celui du matin, lorsque la chaise tremble,
encore en transition entre deux mondes.
Leur devenir s'affranchit du temps par leur corps emêlé en une étreinte qui fait œuvre.
L'artiste nous révèle ainsi toutes les dimensions simultanées de ce mouvement des êtres, de mondes qui émergent à travers la montée des sèves.
Des racines vers la lumière du ciel, s'élançant, et déployant l'envergure du désir en une canopée épaisse. Mille êtres s'y meuvent en silence.
Ici l'arbre est fait de chaise et le feuillage de peau. Cet épiderme sensible qui renvoie en miroir au double support de l'œuvre - celui de la feuille et celui du spectateur.
Dans cet entre-deux-mondes, l'urgence se dessine. Elle recouvre de noir la transparence des évidences pour leur donner une forme, palpable et tangible. Mobile et fuyante.
Le fauve glisse. S'élance, se fige. Aimer son contour dans celui du monde. Contre notre peau, notre souffle - il appelle au mouvement. À l'assourdissant murmure des mystères.
À l'intarissable source du désir. Il appelle à vivre - vraiment.
- Térence WENNINK